Au quartier, les mots ont une mémoire. Ils viennent de loin, ils ont vécu. On ne les prononce pas pour faire joli, encore moins pour impressionner.
« Mon deux places » fait partie de ces mots-là.
Quand quelqu’un te dit : « Celui-ci, c’est mon deux places »,
ce n’est pas une formule.
C’est un verdict.
Laisse-moi t’expliquer ça comme au quartier.
Mon gars, assieds-toi un peu.
Tu vois quand la vie commence à serrer ?
Quand l’argent se fait rare,
quand les appels deviennent silencieux,
quand les promesses disparaissent plus vite que les gens ?
Bref, tu vois quand tu commences à lire l’heure ?
C’est là, précisément là, que tu reconnais ton deux places.
Ce n’est pas celui qui parle fort.
Ce n’est pas celui qui jure sur tout.
Ce n’est pas celui qui promet la lune.
C’est celui qui reste.
Quand tout le monde te dit :
- On va voir…
Lui, il dit simplement :
- Je suis là.
Pas de bruit.
Pas de cinéma.
Juste la présence.

Au quartier, on observe beaucoup.
On ne dit pas toujours ce qu’on teste,
mais on regarde comment chacun réagit quand ça chauffe.
Et quand quelqu’un traverse :
- les galères,
- les malentendus,
- les moments où il n’y a rien à gagner,
sans changer de visage, sans trahir, sans vendre l’autre,
alors, doucement, sans cérémonie, on finit par dire :
Celui-ci, c’est mon deux places.
Ce que veut vraiment dire “mon deux places”
Dans le langage populaire camerounais,
« mon deux places » désigne une personne :
- sûre
- fiable
- digne de confiance
quelqu’un avec qui tu avances sans peur ,c’est une personne :
- loyale,
- discrète,
- constante,
- qui ne change pas quand la situation change.
Pourquoi deux places ?
Parce que l’idée, c’est avancer à deux, côte à côte, sur le même chemin, dans le même sens, qu’imorte les épreuves, qu’importe te temps.
Pas devant.
Pas derrière.
Ensemble.

Ce n’est pas une relation de façade.
Ce n’est pas une amitié de photos.
C’est un lien forgé par le temps, les problèmes et la vérité.
Comment on utilise l’expression au quotidien
Au quartier, tu peux entendre :
- Laisse-lui ça, c’est mon deux places.
- S’il est dedans, je suis tranquille.
- On a trop vu ensemble, c’est mon deux places.
Et remarque bien :
ce mot-là est rare.
On ne le distribue pas.
On ne le prête pas.
On le mérite.
Un mot simple pour des gens solides
Tout le monde peut être ami.
Mais peu deviennent deux places.
C’est une expression du terroir qui parle de confiance vraie,
sans bruit,
sans décor,
sans intérêt caché.
Une confiance qui ne se casse pas au premier problème.
Alors, le jour où quelqu’un t’appelle son deux places,
ne souris pas seulement.
Comprends.
C’est du respect.
C’est lourd.
C’est sérieux.
Et au quartier, ça ne trompe jamais.
ERICKA MAWABU

