Le 25 novembre 2025, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le Parlement italien a adopté un texte introduisant le féminicide comme infraction autonome dans le Code pénal.
Le texte a été approuvé par 237 voix. Il prévoit la réclusion à perpétuité lorsque le meurtre d’une femme est motivé par des raisons liées au genre.
Il s’agit d’une évolution juridique notable : jusqu’ici, ces crimes étaient poursuivis sous la qualification générale d’homicide, même lorsque le mobile était explicitement lié à la domination ou à la haine fondée sur le sexe.
Ce que change la définition légale
La loi définit le féminicide comme la mort d’une femme résultant de motivations telles que :
- la haine ou la discrimination fondée sur le genre,
- la volonté de domination, de contrôle ou de subjugation,
- la restriction des droits, libertés ou de l’autonomie de la victime,
- ou des violences intervenant dans un contexte relationnel, y compris après la fin d’une relation.
L’objectif affiché est de distinguer les homicides liés à des rapports de pouvoir genrés des autres formes de meurtre.
Sur le plan juridique, cela permet une qualification spécifique et un encadrement plus précis des circonstances aggravantes.
L’adoption de la loi intervient dans un climat de forte mobilisation en Italie autour des violences faites aux femmes.
Plusieurs affaires très médiatisées, notamment le meurtre de l’étudiante Giulia Cecchettin en 2023, ont contribué à intensifier le débat public sur la violence au sein des relations intimes et la culture de possession.
Les données officielles italiennes montrent que la majorité des homicides de femmes sont commis par des partenaires ou ex-partenaires, ce qui a nourri l’argument en faveur d’une reconnaissance spécifique du phénomène.
Portée et limites : que peut réellement changer la loi ?
La reconnaissance du féminicide comme crime autonome marque un tournant symbolique important. Elle établit une distinction explicite entre un homicide ordinaire et un meurtre motivé par des logiques de domination fondées sur le genre.
Cependant, plusieurs analystes soulignent que l’efficacité d’une telle réforme dépendra de :
- son application par les juridictions,
- la formation des magistrats et forces de l’ordre,
- la prévention en amont,
- et le renforcement des dispositifs de protection des victimes.
Une sanction plus sévère n’agit qu’après le crime. La question centrale reste donc celle de la prévention et de la transformation des comportements sociaux.
