PARTIE I : ANNIE K., OU L’ANNÉE OÙ J’ÉTAIS BELLE DEHORS ET DÉSERTE DEDANS
Je m’appelle Annie K.
À Bonabéri le quartier ou je réside, beaucoup connaissent mon visage. Peu connaissent mon cœur.
On dit de moi que je suis belle. Désirable. Élégante.
On me regarde avant de m’écouter.
On me désire avant de me comprendre.
Mais en 2025, j’étais surtout vide.
Je suis l’aînée.
Celle qui doit montrer l’exemple.
Celle qui vit encore sous le même toit que son père, sa mère, ses sœurs.
Celle qui sourit à table, qui aide à la cuisine, qui salue les voisins.
Personne, absolument personne, ne savait à quel point j’étais fausse.
Fausse dans mes rires.
Fausse dans mes amitiés.
Fausse dans mon couple.
Fausse même avec moi-même.
J’étais étudiante dans une université privée de Douala. Le matin, je me maquillais comme on met une armure. Le soir, je me déshabillais comme on se débarrasse d’un poids. Je passais d’un regard à l’autre, d’un corps à l’autre, persuadée que l’attention allait finir par me remplir.
J’avais un petit ami.
Il s’appelait Junior.
Il m’aimait à sa manière.
Moi, je le trompais sans même me cacher vraiment.
Pas par haine.
Pas par vengeance.
Mais parce que je ne savais pas rester seule avec mes pensées.
« Le cœur est tortueux par-dessus tout. »
— Jérémie 17:9
Je mentais avec facilité.
Je manipulais avec élégance.
Je promettais avec légèreté.
Et chaque nuit, quand tout se taisait, je me retrouvais face à ce silence intérieur que ni les messages, ni l’alcool, ni le sexe n’arrivaient à étouffer.
Puis il y a eu la violence.
Je ne dirai pas tout.
Parce que certaines choses brûlent encore quand on les nomme.
Je dirai seulement que ce jour-là, mon corps n’a plus été à moi. Et qu’après, je n’ai pas su où ranger la honte : dans mon ventre, dans ma gorge, ou dans mes prières inexistantes.
Je n’ai rien dit à ma mère.
Je n’ai rien dit à mon père.
Je n’ai rien dit à mes sœurs.
Je suis devenue encore plus dure.
Encore plus inaccessible.
Encore plus perdue.
« L’Éternel voit, même quand personne ne parle. »
— Genèse 16:13
C’est Esther, une camarade discrète de l’université, qui a commencé à prier pour moi. Pas avec des grands discours. Elle me regardait comme si elle voyait quelque chose que moi-même je refusais de voir.
Un dimanche, elle m’a invitée à l’église.
Je suis venue maquillée, fermée, méfiante.
Et j’ai pleuré.
Pas des larmes élégantes.
Des larmes sales.
Des larmes de fatigue spirituelle.
Ce jour-là, j’ai promis à Dieu que j’allais changer. J’ai promis d’arrêter de mentir. D’arrêter de tromper. D’arrêter de donner mon corps comme une monnaie d’échange.
Mais je n’avais pas encore compris que la promesse n’est pas la transformation.
« Veillez et priez, afin de ne pas tomber dans la tentation. »
— Matthieu 26:41
Quelques semaines plus tard, lors d’une soirée trop arrosée, j’ai chuté. Encore. J’ai cédé. Et cette fois-là, j’ai été honnête avec moi-même : j’aimais baiser. Pas par plaisir seulement, mais parce que c’était la seule chose que je contrôlais encore.
La foi venait d’entrer dans ma vie.
Le combat venait de commencer.
Puis il y a eu la peur.
Le retard des règles.
L’angoisse nocturne.
La prière tremblante.
Je me suis agenouillée dans ma chambre à Bonabéri, et j’ai fait un pacte fou, presque désespéré :
« Seigneur, si ce n’est pas un enfant qui grandit en moi, alors désormais, quand je serai nue, ce sera seulement pour me laver. »
Dieu a écouté.
Et moi, j’ai compris que ma vie ne pouvait plus continuer comme avant.
2025 a été l’année des attaques invisibles, des trahisons de copines, des coups bas déguisés en sourires. Mais aussi l’année où des femmes fidèles ont prié pour moi jusqu’à ce que je trouve la force de prier moi-même.
Aujourd’hui, je ne suis pas parfaite.
Mais je suis debout.
Et surtout, je ne suis plus seule.
« Celle qui était tombée se relèvera. »
— Michée 7:8
Je suis Annie K.
Belle, oui.
Mais surtout en reconstruction.

