Le 13 juin 2026 restera une date marquante dans l’histoire du journalisme culturel camerounais. À ONOMO Hotel, journalistes, acteurs culturels, artistes, universitaires, responsables d’institutions et amoureux de la culture se sont donné rendez-vous pour célébrer la dédicace de « Journalisme culturel entre tradition et modernité », le tout premier ouvrage de la journaliste culturelle camerounaise Marie-Gabrielle Mfegue.
Dans une ambiance à la fois solennelle et chaleureuse, cette cérémonie a pris les allures d’un plaidoyer national en faveur de la culture, de la mémoire collective et de la reconnaissance du rôle fondamental du journalisme culturel dans le développement des sociétés.
Une femme de médias au service de la culture
Cheffe du service Culture et Société à la CRTV station régionale du littoral, vice-présidente du SNJC Littoral et déléguée régionale du Réseau des Journalistes Culturels du Cameroun (RJ2C), Marie-Gabrielle Mfegue est connue pour son engagement constant en faveur de la promotion du patrimoine culturel camerounais. Consultante, maîtresse de cérémonie, promotrice culturelle et attachée de presse de l’artiste Lady Ponce, elle fait aujourd’hui un pas supplémentaire dans son combat pour le rehaussement de la culture avec la publication de cet ouvrage de 270 pages, préfacé par François Bingono Bingono et publié aux éditions Éclosion.

Fruit de dix années de pratique professionnelle, cet ouvrage de Marie-Gabrielle Mfegue s’impose comme une contribution majeure au débat sur le journalisme culturel au Cameroun et en Afrique. À travers cette réflexion approfondie, la journaliste culturelle interroge la place de la culture camerounaise dans les médias culturels, les politiques publiques et l’imaginaire collectif. Bien au-delà d’un simple essai, le livre met en lumière le rôle fondamental du journaliste culturel comme gardien du patrimoine culturel, passeur de mémoire et acteur de la préservation de la culture. Dans un contexte marqué par les mutations numériques et les défis liés à l’intelligence artificielle, l’auteure défend une meilleure valorisation du patrimoine et appelle à une prise de conscience collective autour de l’identité culturelle africaine. Elle démontre également que les industries culturelles constituent un puissant levier de développement économique, de cohésion sociale et de rayonnement international. À travers ses analyses, Marie-Gabrielle Mfegue rappelle que la culture africaine n’est pas seulement un héritage à protéger, mais une richesse stratégique à promouvoir pour construire l’avenir.
Quand le journaliste devient le griot des temps modernes
Pour plusieurs intervenants, l’une des grandes forces de l’ouvrage réside dans le parallèle établi entre le journaliste culturel et le griot des sociétés africaines. « Le journaliste a une grande importance dans notre société. C’est pour cela que l’auteure a fait le lien avec les griots de nos sociétés ancestrales » a souligné Blaise Etoa. Une comparaison qui résume parfaitement la philosophie de l’ouvrage : le journaliste culturel n’est pas un simple observateur. Il est celui qui raconte, conserve, transmet et valorise les récits qui forgent l’identité d’un peuple. Pour l’éditrice Christelle Noah, DG des éditions Eclosion, le livre aborde des thèmes essentiels : « La transmission des savoirs, la valorisation du patrimoine, la responsabilité du journaliste et les défis de la modernité. ». Des thèmes qui prennent une résonance particulière à l’heure où les sociétés africaines sont confrontées à la mondialisation et aux bouleversements technologiques.
Une vocation née dans l’enfance
Parmi les séquences les plus émouvantes de cette dédicace figure sans aucun doute le témoignage de la mère de l’auteure. Visiblement fière du parcours de sa fille, elle a rappelé que cette vocation journalistique remonte à la plus tendre enfance. « Il vaut mieux vivre pour la vérité que de coopérer pour le mensonge » , a-t-elle déclaré avant d’évoquer cette petite fille qui transformait les objets du quotidien en micros improvisés et s’imaginait déjà reporter devant un public imaginaire. Des souvenirs embués de larmes qui ont profondément ému l’assistance et qui témoignent d’un destin construit autour de la passion de l’information et de la vérité.
Une bataille pour sortir la culture des marges
L’un des temps forts de la cérémonie a été l’intervention de G-Laurentine Assiga, Présidente du Réseau des Journalistes Culturels du Cameroun (RJ2C)? qui a retracé le combat mené depuis plusieurs années par les journalistes culturels pour faire reconnaître l’importance de leur spécialité. Avec émotion, elle s’est souvenue de la jeune Marie-Gabrielle qui frappait à sa porte pour dénoncer la place marginale accordée à la culture dans les rédactions. Des enquêtes réalisées pendant plusieurs mois réduites à quelques lignes. Des dossiers de fond relégués en brèves. Des signatures parfois effacées. Une frustration devenue moteur d’engagement. « Pourquoi met-on toujours la culture à la fin ? », s’est-elle interrogée.

Une question qui révèle tout le paradoxe d’une société qui célèbre sa diversité culturelle mais peine parfois à lui accorder la place qu’elle mérite dans l’espace médiatique. Face à cette réalité, le RJ2C a multiplié les initiatives : RJ2C Talk, des immersions communautaires, des voyages patrimoniaux et rencontres avec les gardiens des traditions. Parmi les souvenirs évoqués figure notamment l’immersion à Foumban lors d’une édition du Ngouon, où le Sultan Mbombo Njoya avait reçu les journalistes culturels pendant plusieurs heures, reconnaissant ainsi leur rôle essentiel dans la transmission du patrimoine.
Le cri d’alarme sur l’économie des médias culturels
Au-delà des questions éditoriales, la cérémonie a également permis d’aborder un sujet souvent tabou : la précarité économique du journalisme culturel. G-Laurentine Assiga n’a pas caché son inquiétude face aux difficultés rencontrées par de nombreux professionnels.
« En 2026, il y a encore des journalistes culturels qui vont en reportage à pied. Ce n’est pas normal », a-t-elle lancé. Selon elle, la survie du journalisme culturel passe nécessairement par la construction d’un véritable modèle économique. Partenariats avec les médias, accompagnement des projets éditoriaux, mentorat financier, juridique et managérial, concours d’innovation éditoriale : autant de pistes explorées par le RJ2C pour bâtir un écosystème durable. Car sans journalistes capables de raconter et de documenter la culture, c’est toute une partie du patrimoine qui risque de sombrer dans l’oubli.
Face au numérique, préserver l’âme des peuples
Prenant la parole devant la presse, Marie-Gabrielle Mfegue a livré un message fort sur les défis de l’ère numérique. Face à la montée de l’intelligence artificielle, des deepfakes et des fausses informations, elle appelle les journalistes à renforcer leur responsabilité professionnelle. « Il est important que nous produisions des articles qui permettent véritablement de conserver notre culture », a-t-elle déclaré. Pour l’auteure, la révolution numérique ne doit pas devenir un facteur d’effacement des identités culturelles. Au contraire, elle doit être utilisée comme un outil de préservation et de transmission.

Elle a invité les familles à reconnecter les jeunes générations à leurs racines. « Ne fuyez plus vos villages. Retournez-y. Allez apprendre les traditions, les us et les coutumes. » Un appel vibrant à la réappropriation de l’héritage culturel camerounais.
La culture, moteur de développement
Marie-Gabrielle Mfegue a également tenu à rappeler que la culture n’est pas seulement une affaire de mémoire ou de folklore. Elle constitue un puissant levier de développement économique. En citant Hollywood, Nollywood et Bollywood, elle a démontré comment les industries culturelles peuvent contribuer à la croissance d’un pays, créer des emplois et renforcer son rayonnement international. Musique, cinéma, littérature, danse, arts plastiques, festivals ou encore tourisme culturel : autant de richesses que le Cameroun possède et qu’il doit davantage valoriser.

« Ne considérons plus la culture comme quelque chose qui appartient seulement aux villages et aux villageois », a-t-elle insisté.
Un plaidoyer qui fera date
L’ouvrage Journalisme culturel entre tradition et modernité s’impose déjà comme l’un des rares livres camerounais consacrés exclusivement à cette spécialisation journalistique. À travers ses 270 pages, Marie-Gabrielle Mfegue ne se contente pas de raconter une profession. Elle interpelle une nation. Elle appelle les médias à repenser leurs priorités, les pouvoirs publics à investir davantage dans la culture, les artistes à construire des partenariats durables avec la presse et les citoyens à renouer avec leur identité culturelle.
Au terme de cette cérémonie riche en émotions, une conviction s’est imposée : la culture n’est pas un supplément d’âme. Elle est le socle sur lequel se construit l’avenir d’un peuple. Et avec cet ouvrage, Marie-Gabrielle Mfegue vient rappeler, avec force et élégance, qu’aucune société ne peut avancer durablement lorsqu’elle oublie l’histoire qu’elle porte en elle.

