Yaoundé,23 juin 2025.
Il est 6h30 ce lundi matin au marché d’Etoudi. Jeanne, mère de trois enfants, fait le tour des étals, sac en main et regard préoccupé. Depuis plusieurs semaines, elle peine à suivre la hausse des prix de la viande de bœuf. Le kilo sans os est passé de 3.000 à 3.500 F CFA, celui avec os de 2.500 à 3.000. « À ce rythme, on ne pourra plus manger de viande le dimanche », lâche-t-elle, visiblement à bout.

Comme Jeanne, des milliers de familles ressentent de plein fouet cette hausse vertigineuse des prix dans les marchés de la capitale. Le phénomène a pris une telle ampleur que les autorités ont dû réagir.
Le gouvernement entre en scène
C’est dans ce contexte que le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a convoqué, le 23 juin 2025, une importante réunion avec les principaux acteurs de la filière : commerçants à bétail, syndicats de bouchers, représentants de la SODEPA, du ministère de l’Élevage, et même le Sous-préfet de Yaoundé 1er.
Objectif : trouver une solution urgente et consensuelle face à cette flambée injustifiée qui pèse sur les ménages.
Un retour aux anciens prix décidé
À l’issue de cette concertation, une mesure phare a été annoncée :
Le retour aux prix plafonds en vigueur au 31 décembre 2024.
Concrètement :
La viande sans os revient à 3.000 F CFA le kilo (au lieu de 3.500),
La viande avec os est plafonnée à 2.500 F CFA le kilo (au lieu de 3.000).
Une application immédiate qui concerne tous les marchés de la ville de Yaoundé, et qui s’impose à tous les acteurs de la chaîne.
Vers une réforme structurelle de la filière viande
Mais le gouvernement ne s’arrête pas là. La crise actuelle a révélé une désorganisation profonde du circuit de la viande au Cameroun.
C’est pourquoi le ministère annonce également :
La mise en place d’une interprofession de la viande bovine,
L’installation d’un pont bascule au marché à bétail,
afin de mieux contrôler les poids, certifier les transactions et surtout homologuer les prix du bétail sur pied.
Autrement dit, il s’agit de structurer durablement la filière, pour que les abus cessent et que les prix deviennent plus justes, aussi bien pour les consommateurs que pour les éleveurs.
Un signal fort… mais suffisant ?
Pour Jeanne et tant d’autres, cette mesure est un soulagement. Mais beaucoup espèrent qu’elle sera suivie sur le terrain, et surtout respectée par les commerçants.
La question reste en suspens : les promesses ministérielles résisteront-elles aux réalités du marché ?
Ce qui est sûr, c’est que la viande de bœuf, aliment central dans la culture culinaire camerounaise, est désormais au cœur des débats sociaux et économiques.
Et dans les allées du marché, entre deux étals de viande, l’espoir renaît. Un peu. Pourvu que ça dure.
