PARTIE II : LA RESTAURATION FRAGILE : QUAND DIEU COMMENCE À RÉPARER, MAIS QUE LA TENTATION N’A PAS ENCORE QUITTÉ LA PIÈCE
Je croyais que le plus dur était derrière moi.
Je me trompais.
La restauration ne commence pas par la paix.
Elle commence par le désordre intérieur.
Quand j’ai commencé à prier vraiment, quand j’ai appris à ouvrir une Bible autrement que pour impressionner les autres, tout en moi s’est mis à résister. Mon corps, mes habitudes, mes réflexes. Comme si quelque chose en moi refusait de mourir.
« La chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit. »
— Galates 5:17
À l’église, on m’appelait ma sœur.
Au quartier, on m’appelait toujours Annie la belle.
Et moi, je ne savais plus qui j’étais censée être.
Je continuais à vivre à Bonabéri, sous le même toit familial, mais je n’étais plus la même. Je priais la nuit, en silence, de peur qu’on se moque. Je jeûnais parfois, puis je craquais. Je chantais des cantiques le matin, et le soir, certaines pensées revenaient frapper à la porte de mon esprit.
La tentation ne criait pas.
Elle murmurait.
Junior était toujours là.
Blessé. Méfiant. Aimant encore.
Je voulais être droite, mais je n’étais pas encore guérie. Je voulais être fidèle, mais mon passé me tirait par la jupe. Chaque message tardif, chaque invitation, chaque regard insistant me rappelait la femme que j’avais été.
Et parfois… la femme que j’étais encore.
« Le juste tombe sept fois, et il se relève. »
— Proverbes 24:16
Il y a eu cette soirée.
Je n’étais pas censée y aller.
Je savais que je n’étais pas prête.
L’alcool a coulé. Les rires étaient trop forts. Les corps trop proches. Et pendant quelques heures, j’ai oublié mes promesses. J’ai oublié mes prières. J’ai oublié Dieu.
Quand je suis rentrée chez moi, j’ai pleuré comme une enfant prise en faute. Pas parce que j’avais fauté. Mais parce que j’avais compris une chose terrible : la foi ne supprime pas le désir, elle apprend à le combattre.
Je n’étais pas hypocrite.
J’étais en guerre.
C’est Grâce, une sœur de l’église, qui m’a dit un jour :
— Annie, Dieu ne t’a pas appelée à être parfaite. Il t’a appelée à être vraie.
Ce jour-là, j’ai arrêté de faire semblant.
J’ai commencé à confesser.
À demander de l’aide.
À me taire quand il fallait.
« Confessez donc vos péchés les uns aux autres. »
— Jacques 5:16
Les attaques mystiques se sont intensifiées. Des rêves étranges. Des oppressions nocturnes. Des peurs inexpliquées. Je me réveillais parfois en sueur, le cœur battant, convaincue que quelque chose voulait me reprendre.
Mais j’ai appris à prier.
Pas des prières jolies.
Des prières violentes.
Des prières où je criais intérieurement :
— Seigneur, je ne veux plus retourner là-bas.
Et chaque fois que je pensais tomber définitivement, quelqu’un priait pour moi. Une amie. Une sœur. Une voix fidèle qui refusait de me lâcher.
Je n’étais plus seule dans la bataille.
« Un cordon de trois fils ne se rompt pas facilement. »
— Ecclésiaste 4:12
La restauration était lente. Inconfortable. Humiliante parfois. Mais réelle. Dieu ne me caressait pas dans le sens du poil. Il me dépouillait.
Et dans ce dépouillement, je commençais enfin à respirer.
Je n’étais plus la fille qui couche pour exister.
Je devenais la femme qui prie pour survivre.

