PARTIE III : LE VENTRE, LA PEUR ET LE VŒU : QUAND LA CHAIR SE TAIT ET QUE L’ÂME CRIE

    Il y a des silences qui font plus de bruit que les cris.

    Le mien était dans mon ventre.

    Un jour.
    Puis deux.
    Puis une semaine.

    Mes règles n’arrivaient pas.

    Je faisais semblant de ne pas y penser. Je continuais mes cours à l’université privée de Bonabéri. Je riais avec mes camarades. Je mangeais avec mes sœurs à la maison. Mais à l’intérieur, une peur sourde avait commencé à gratter, comme une bête enfermée.

    Chaque matin, je regardais le calendrier.
    Chaque soir, je faisais des calculs.

    « Mon âme est agitée au-dedans de moi. »
    — Psaume 42:6

    Je me souvenais de cette nuit.
    De l’alcool.
    De l’oubli.
    Du moment où j’avais cessé de résister.

    Et pour la première fois de ma vie, le plaisir n’était plus le souvenir dominant. C’était la conséquence.

    Je n’avais pas peur du jugement des gens.
    Je n’avais pas peur de ma famille.
    J’avais peur de Dieu.

    Pas du Dieu lointain.
    Du Dieu qui m’avait relevée.
    Du Dieu à qui j’avais promis.

    Je me suis mise à prier comme jamais. Pas avec des mots appris à l’église. Avec des mots brisés.

    Seigneur… si c’est un enfant, je l’assumerai. Mais si ce n’est pas le cas… si Tu me fais grâce cette fois… je te jure…

    Je n’ai pas fini ma phrase tout de suite.
    Parce que j’avais peur de ce que j’allais dire.

    Je me suis retrouvée seule dans ma chambre, la nuit, la lumière éteinte, à genoux sur le carrelage froid.

    « J’ai fait un vœu à l’Éternel, et je ne le révoquerai point. »
    — Nombres 30:2

    Alors j’ai parlé.

    Seigneur, si Tu fais que ce n’est pas un enfant qui pousse en moi… désormais, quand je vais me mettre nue, ce sera seulement pour me laver.

    Cette phrase m’a traversée comme un couteau.

    Ce n’était pas une promesse légère.
    C’était une déclaration de guerre à mon ancienne vie.

    J’ai pleuré. Longtemps.
    Pas de honte.
    De lucidité.

    Pour la première fois, j’ai reconnu quelque chose que je n’avais jamais osé dire à voix haute :
    j’aimais le sexe.
    Pas l’amour.
    Le sexe.

    Le frisson.
    Le pouvoir.
    Le regard de l’autre sur mon corps.

    Et le dire devant Dieu m’a dépouillée. Parce que je ne pouvais plus me cacher derrière des excuses spirituelles.

    « Tu as aimé la vérité au fond du cœur. »
    — Psaume 51:8

    Les jours ont continué à passer. Chaque matin était une épreuve. Chaque retard, une accusation. Je surveillais mon corps comme une étrangère. Je scrutais chaque sensation.

    Puis un matin, sans prévenir, la douleur est venue.
    Le sang aussi.

    Je me suis assise par terre.
    Je n’ai pas crié.
    Je n’ai pas sauté de joie.

    J’ai tremblé.

    Parce que j’avais compris que Dieu m’avait laissée vivre. Mais pas pour recommencer pareil. Pour choisir.

    « Voici, je mets devant toi la vie et la mort… choisis la vie. »
    — Deutéronome 30:19

    Ce jour-là, quelque chose est mort en moi.
    Et quelque chose d’autre est né.

    Pas encore fort.
    Pas encore stable.
    Mais décidé.

    Je savais désormais que chaque nudité serait un combat.
    Chaque désir, une croix.
    Chaque victoire, une grâce.

    Et pour la première fois, je n’avais plus envie de jouer avec le feu.

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