Le lundi 11 novembre 2024, la ville de Douala a accueilli une manifestation d’envergure dédiée à la valorisation du manioc : le Festival International du Manioc « All Kassava ». Organisé à la Maison du Parti de Bonanjo, ce festival se tient du 11 au 16 novembre 2024, avec pour objectif de célébrer cette culture emblématique tout en abordant les défis et les opportunités qu’elle représente pour l’agriculture et le développement économique du Cameroun.

    Le Manioc : Une culture au cœur de la sécurité alimentaire et du développement rural

    L’ouverture officielle de l’événement a été marquée par l’intervention du Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), Gabriel Mbairobe, qui a souligné l’importance stratégique du manioc pour la sécurité alimentaire et le développement socio-économique du pays. Il a rappelé que cette culture est présente dans toutes les régions du Cameroun, jouant un rôle crucial dans la lutte contre l’insécurité alimentaire.

    Le ministre a également évoqué les avancées de la Stratégie Nationale de Développement, qui vise à porter la production nationale de manioc à dix millions de tonnes d’ici 2030. En soulignant les efforts pour améliorer la productivité – actuellement de 7 tonnes par hectare – le ministre a annoncé des objectifs ambitieux : atteindre 15 tonnes par hectare en 2025 et 20 tonnes en 2030. Ces progrès devraient être possibles grâce à l’introduction de nouvelles techniques de production, notamment l’utilisation de vitroplants (boutures de manioc issues de cultures in-vitro), et la mise en place de programmes de formation pour les producteurs.

    Une des difficultés majeures de la filière manioc reste toutefois la conservation et la transformation du produit, deux éléments essentiels pour éviter les pertes post-récolte et garantir une disponibilité constante. À cet égard, le gouvernement prévoit de créer 200 unités de transformation à travers le pays, pour encourager la production de farine de manioc, dont les usages sont multiples : de l’alimentation humaine à la fabrication de produits dérivés. Ces efforts visent également à renforcer l’import-substitution en diminuant la dépendance du Cameroun aux produits importés.

    La place cruciale des femmes dans la filière manioc

    Le festival a aussi été l’occasion de mettre en lumière l’engagement de l’ONG Femmes d’Action pour le Développement (FADEC), dirigée par Madame Banlog, promotrice de l’événement et présidente de l’organisation. Elle a pris la parole pour souligner le rôle fondamental des femmes dans l’agriculture, particulièrement dans la culture du manioc. Selon elle, plus de 90% des travailleuses agricoles dans le secteur du manioc sont des femmes, ce qui fait de cette culture un vecteur clé pour leur autonomisation et leur émancipation économique.

    Cependant, ces femmes font face à des défis multiples. Le premier obstacle est l’accès à la terre, souvent difficile pour les femmes rurales, et l’adaptation des variétés de manioc aux conditions locales. La culture extensive du manioc est encore prédominante, mais elle nécessite une intensification pour améliorer les rendements. Ensuite, la transformation reste un point de friction majeur. Madame Banlog a plaidé pour que les femmes aient accès à des équipements modernes afin de réduire la pénibilité de leur travail et améliorer la qualité des produits dérivés du manioc, comme le bobolo et le gari.

    La présidente de FADEC a également évoqué l’importance de préserver les méthodes traditionnelles de fabrication de ces produits, afin de ne pas perdre l’héritage gastronomique unique du pays. « Nous ne devons pas laisser disparaître ces processus hérités de nos ancêtres », a-t-elle insisté. Elle a souligné que bien au-delà de l’aspect économique, il s’agit de préserver un patrimoine culinaire précieux pour les générations futures.

    La valorisation des dérivés du manioc : Une richesse à exploiter

    Le manioc, au-delà de sa consommation traditionnelle, regorge de dérivés industriels à fort potentiel économique. Madame Banlog a pointé l’importance de ne pas se limiter aux produits de consommation courante comme le bobolo ou le gari, mais d’explorer également la valorisation de l’amidon du manioc, un produit aux applications industrielles diverses. Elle a insisté sur le fait que l’amidon du manioc est une richesse inexploité, et qu’il est crucial d’en faire bénéficier les producteurs locaux, afin que cette valeur ajoutée ne profite pas seulement à l’industrie étrangère.

    Dans cette optique, il devient urgent de changer les paradigmes de développement, en mettant en avant les compétences et les ressources locales, et en favorisant l’utilisation des matières premières locales pour les industries nationales. Cela contribuerait non seulement à la création de richesses mais aussi à la création d’emplois pour les jeunes et les femmes dans les zones rurales.

    Partager.
    Leave A Reply