Le ciel de Douala avait beau se couvrir d’épais nuages ce 7 août 2025, la pluie n’a pas réussi à éteindre la flamme de celles et ceux qui avaient décidé de se retrouver à La Chaumière – Bonapriso. Bien au contraire : malgré le temps capricieux, la salle s’est remplie d’un public majoritairement féminin, venu crier ensemble « NON » aux violences de toutes sortes dont elles sont si souvent victimes.
Ce rendez-vous, porté par l’Association Femmes Africaines pour le Développement et intitulé « Cris de Femmes », au delà d’un événement, fut un espace de libération, de solidarité et de renaissance.

Une atmosphère à la fois grave et chaleureuse
Dès l’entrée, l’accueil soigné des hôtesses et le professionnalisme du service protocole donnaient le ton : ici, chaque participant comptait. L’ambiance, malgré le sujet sensible, était bon enfant. Entre témoignages vibrants, souvenirs douloureux et moments de légèreté, les participantes ont trouvé la force de ressasser le passé, essuyer leurs larmes et regarder vers un avenir fleuri d’espoir.

On se souviendra longtemps de cette scène où un participant a trouvé une « mère de substitution », symbole fort d’un lien qui dépasse les liens du sang. Ou encore, de la marraine de l’événement, Dinaly, qui, entre pas de danse rythmés et gestes réconfortants, essuyait les larmes avec douceur, redonnant des sourires à toute l’assistance.
Des voix engagées, des paroles fortes
Sur scène, un panel presque exclusivement féminin. Avocates, psychologue, coach parentale, auteure, conférencière… toutes avaient fait le choix de ne plus se taire.
Par leurs voix, leurs expériences et leurs expertises, elles interpellaient la société, les institutions et les consciences.
Parmi les intervenants et participants, de nombreuses femmes ont marqué cette rencontre de leur empreinte. Qu’elles soient engagées en politique, comme Albertine Matomba, ou actives dans divers domaines tels que Marthe Suzanne Mveng et Badal Fohmoh, toutes ont apporté leur voix et leur expertise. Leur participation a enrichi les échanges et donné une profondeur particulière aux débats.
La présence de plusieurs femmes handicapées a insufflé à la soirée un souffle d’inclusion et de solidarité, et l’Instant câlin est venu, tel un baume, adoucir la peine des cœurs.
Pour Micheline Samé, Coach de vie et psychologue, la lutte commence par la connaissance : « Les femmes doivent apprendre à reconnaître ce qu’est la violence, savoir ce qui est illégal, ce qui est anormal… et avoir le courage de le dénoncer. Parce que lorsqu’elles dénoncent, elles poussent d’autres à se recadrer. »

Pour Fatima Rich Ewane, promotrice de l’événement et défenseure des droits humains, l’engagement est né d’un vécu personnel : « Je suis une victime, peut-être pas de violences physiques, mais bien de violences psychologiques et morales. C’est en observant les souffrances et les injustices que j’ai décidé de créer cette association, et de lancer « Cris de Femmes », une campagne nationale qui passera dans six villes du Cameroun. »

Et pour Dinaly, marraine de la campagne, ce combat est une évidence : « Être féministe, pour moi, c’est refuser de voir sa sœur subir des violences sans réagir. Même si on ne parvient pas à tout éradiquer, qu’au moins on fasse reculer ces violences. L’heure est grave. »

Un message qui dépasse les murs de la salle
Le projet « Cris de Femmes », au delà d’un un slogan,est un appel à la responsabilité collective. Les participantes sont reparties avec des résolutions nouvelles : devenir des ambassadrices de cette cause, sensibiliser autour d’elles, et ne plus jamais laisser passer des actes qui portent atteinte à la dignité des femmes.
Cet événement a démontré que l’union des voix peut créer un tumulte assez fort pour faire bouger les lignes. Malgré la pluie, malgré les tabous, malgré la douleur, ce 7 août 2025, Douala a prouvé que le courage est contagieux.

