Se laver les mains. Se changer. Être tranquille. Pour des millions de filles et de femmes en situation de handicap, ce parcours du combattant commence dès la porte des toilettes. Reportage dans les écoles et les espaces publics, où l’accès à l’eau et à l’assainissement reste une promesse non tenue
Il est 10 heures. La cour de l’école est vide. Dans le bâtiment principal, une porte au fond du couloir. À l’intérieur, des toilettes. Mais pour Awa, 15 ans, en fauteuil roulant, la porte est trop étroite. Le couloir est encombré. Il n’y a pas de barres d’appui. Le point d’eau est à l’autre bout de la cour, sur un sol caillouteux. Awa a ses règles. Ce jour-là, comme les autres, elle ne pourra pas se changer. Elle restera assise. Elle attendra la fin de la journée. **Elle ne se lavera pas les mains.**
Le parcours d’obstacles
Dans de nombreux établissements, la distance entre les toilettes et le point d’eau est un premier obstacle. Pour une fille en situation de handicap moteur, ce trajet peut être impossible sans aide. Pour une fille malvoyante, il peut être dangereux. Pour une fille sourde, l’absence de signalisation visuelle ou de personnel formé complique l’accès. Ensuite viennent les toilettes elles-mêmes. **Portes trop étroites. Absence de barres d’appui. Pas de verrou. Pas d’espace pour se changer. Pas de poubelle à hauteur. Pas de miroir. Pas de lumière.** Pour une fille qui doit changer une protection, chaque détail compte. Et chaque détail manque. « Je dois demander à une amie de m’accompagner. Si elle n’est pas là, je ne peux pas y aller. Parfois, je préfère ne pas boire de la journée pour éviter d’avoir à y aller. » — **Mariam, 16 ans, handicap moteur
L’eau, le savon, et après ?
Le 15 octobre, Journée mondiale du lavage des mains, les campagnes rappellent l’importance du savon et de l’eau propre. Mais pour les filles en situation de handicap, **le problème n’est pas seulement d’avoir de l’eau. C’est d’y accéder.** Un robinet trop haut. Un lavabo sans espace dessous pour un fauteuil. Un sol glissant. Un savon hors de portée. Une file d’attente qui exclut. Dans certaines écoles, les toilettes adaptées existent. Mais elles sont fermées à clé. Ou utilisées comme débarras. Ou réservées aux enseignants. **L’accessibilité théorique ne suffit pas. Il faut une accessibilité réelle, entretenue, utilisable.
Ce que cela coûte aux filles
Les conséquences sont mesurables. Absences répétées. Infections urinaires et gynécologiques. Honte. Isolement. Perte d’estime de soi. Décrochage scolaire. Pour certaines, la solution est de rester chez elles pendant leurs règles. Pour d’autres, c’est de se priver de boire. Pour toutes, c’est une atteinte directe à leur santé, à leur éducation et à leur dignité. « Vivre ses règles en sécurité, en autonomie et sans honte, quelle que soit sa situation, est un droit. »
Ce qu’il faudrait
Des toilettes accessibles, mixtes ou non, avec **porte large, barres d’appui, verrou, espace de changement, poubelle, point d’eau à proximité immédiate, savon, lumière**. Du personnel formé et disponible. Des informations accessibles. Et surtout, **la consultation des filles elles-mêmes** : rien ne se fera sans elles. Le 15 octobre, on parle de lavage des mains. Mais se laver les mains, se changer, être tranquille, c’est un tout. **Sans eau ni toilettes accessibles, il n’y a pas de dignité menstruelle.** Et sans dignité menstruelle, il n’y a pas d’égalité réelle.

